Le *Wenxuan* (plus connu sous le nom de *Zhaoming Wenxuan* car il fut compilé sous la direction du prince héritier Zhaoming de la dynastie Liang du Sud) est la plus ancienne anthologie de poèmes et de textes en prose conservée en Chine. S'étendant de la dynastie Zhou à la dynastie Liang du Sud, il rassemble l'essence de la création littéraire. La naissance de cette anthologie marque un tournant majeur : le passage de la littérature chinoise d'une « valeur utilitaire » à une « conscience de la littérature pure ». Elle a exercé une influence décisive sur les examens impériaux et la littérature après les dynasties Tang et Song, et constitue un socle culturel commun pour l'ensemble de la sphère culturelle des caractères chinois en Asie de l'Est.
### I. Le rédacteur en chef et le contexte de création
Le *Wenxuan* est né sous la dynastie Liang du Sud (VIe siècle), une période de haut développement intellectuel et culturel.
**Le prince héritier Zhaoming, Xiao Tong (501–531) :**
Fils aîné de l'empereur Wu des Liang, il était un érudit brillant, nommé prince héritier dès l'âge de deux ans. Non seulement successeur politique d'exception, il était aussi un éminent homme de lettres et un érudit bouddhiste (on lui doit la division du *Sutra du Diamant* en trente-deux sections, structure encore utilisée aujourd'hui). En 526, suite à l'« incident de l'oie de cire » qui lui valut la méfiance de son père, il sombra dans la mélancolie et mourut prématurément à l'âge de 30 ans. Son nom posthume est « Zhaoming » (Illustre).
**Le Palais de l'Est et les Dix Érudits du Haut Pavillon :**
Xiao Tong accordait une importance immense aux lettrés et aux livres ; il fit construire le « Pavillon Wenxuan » dans le Palais de l'Est, abritant trente mille volumes. Pour compiler l'anthologie, il s'entoura des meilleurs lettrés de l'époque (les « Dix Érudits du Haut Pavillon »), pour discuter des classiques et sélectionner les textes de cette œuvre monumentale.
### II. Cœur de la sélection : « Des faits nés de la méditation, une forme dévouée à l'élégance »
Avant le *Wenxuan*, la définition de la « littérature » était floue ; l'histoire, la philosophie et la politique se confondaient souvent avec la poésie. Dans sa préface, Xiao Tong a instauré des critères de sélection propres à la littérature pure :
* **Méditation (Chensi) :** L'œuvre doit posséder une structure et une sensibilité profondes.
* **Élégance (Hanzao) :** La langue doit être belle, dotée de qualités rhétoriques et phonétiques.
Sur la base de ces principes, le *Wenxuan* a opéré des ruptures majeures :
* **Exclusion des textes canoniques, philosophiques et historiques :** Les textes de Confucius, Mencius, Laozi ou les chroniques historiques pures (*Shiji*, *Hanshu*) furent écartés car jugés trop utilitaires. Seuls les commentaires et préfaces historiques à haute valeur littéraire furent admis par exception.
* **Pas d'auteurs vivants :** Pour garantir l'impartialité, les 130 auteurs inclus (comme Cao Cao, Cao Zhi, Tao Yuanming) étaient tous décédés au moment de la compilation.
* **Omissions célèbres :** La célèbre *Préface au recueil du Pavillon des Orchidées* de Wang Xizhi fut écartée, probablement parce que le style de Wang penchait trop vers la métaphysique (Xuanxue), ne correspondant pas aux critères esthétiques de Xiao Tong.
### III. Structure et classification des genres
Initialement composé de trente volumes (divisés en soixante sous la dynastie Tang par le commentateur Li Shan), l'ouvrage contient plus de 700 pièces. L'organisation suit une classification par genres littéraires (37 catégories) :
L'œuvre s'articule autour de trois axes : le *Fu* (prose rimée), la Poésie et le *Sao* (style des Élégies de Chu), suivis de nombreuses subdivisions (décrets, mémoires, lettres, épitaphes, éloges, etc.). Cette classification minutieuse a jeté les bases de la stylistique chinoise.
### IV. L'essor de la « Xuanxue » (Études du Wenxuan)
Avec l'avènement des examens impériaux sous les Tang, le *Wenxuan* devint le manuel indispensable des candidats. Un dicton de la dynastie Song affirmait :
*« Maîtriser le Wenxuan, c'est être à moitié lettré. »*
Les recherches sur l'ouvrage sont devenues une discipline à part entière. On distingue trois systèmes de commentaires majeurs :
1. **Le commentaire de Li Shan (Orthodoxie académique) :** Réputé pour son érudition, il identifie l'origine de chaque terme et allusion, préservant ainsi de nombreux textes anciens disparus.
2. **Le commentaire des Cinq Ministres (Vulgarisation) :** Plus simple d'accès, mais moins rigoureux sur le plan académique.
3. **Le commentaire des Six Ministres (Édition combinée) :** Fusion des travaux de Li Shan et des Cinq Ministres.
### V. Postérité et influence internationale
Critiqué par les partisans du « Mouvement pour la langue ancienne » (comme Han Yu ou Su Shi) pour son penchant vers le style parallélique (Pianwen) jugé trop artificiel, le *Wenxuan* n'en reste pas moins un modèle de norme poétique.
Son influence a dépassé les frontières, devenant une bible pour l'aristocratie japonaise de l'époque de Heian. Plus surprenant encore, il a façonné le vocabulaire japonais moderne. De nombreux mots utilisés aujourd'hui au Japon tirent leur origine du *Wenxuan*, tels que : *Héros (Eiyū)*, *Prospérité (Eiga)*, *Dissolution (Kaisan)*, *Autorité (Ken'i)*, *Patrie (Kokkyō)*, *Éducation (Gakkō)*, et bien d'autres.
En résumé, le *Zhaoming Wenxuan* n'a pas seulement préservé le feu de la littérature chinoise ancienne ; il est devenu un patrimoine spirituel commun à toute l'Asie de l'Est.
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